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Vente du Vendredi 16 décembre 2011
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Lot 357 : François POUQUEVILLE - Manuscrit autographe
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François POUQUEVILLE (1770-1838) diplomate, voyageur et philhellène.
Manuscrit autographe, [Paris 1830- 1833] ; carnet in-8 de 81 pages (plus 35 ff. restés vierges), demi-basane verte, dos muet, plats de papier rouge (reliure de l'époque, dos frotté, coins usés, un mors fendu intérieurement).
Un des derniers journaux écrits par Pouqueville, commencé peu après la Révolution de Juillet 1830.
Il est divisé en deux parties : la première, la plus importante (72 pp.), correspond au journal proprement dit et couvre principalement la période du 23 août 1830 au 5 janvier 1831.
Interrompu pour cause de maladie, il reprend brièvement en février 1831 et s'achève le 5 juin 1832 (obsèques du général Lamarque).
Les événements politiques y tiennent une large part : nominations au gouvernement, troubles et insécurité dans Paris, intervention de la Garde nationale, procès des anciens ministres de Charles X devant la Chambre des Pairs, etc.
Il est aussi question de son frère Hugues, consul à Carthagène (Espagne), de visites effectuées par Pouqueville à des personnalités (le comte Molé, ministre des Affaires étrangères ; le général Sébastiani ; La Fayette ; Chateaubriand…) et de divers événements survenus en France ou à l'étranger.
La seconde partie, intitulée Notes littéraires et scientifiques, occupe les 9 dernières pages : datée de septembre 1833, elle contient des notes de lecture et d'érudition sur l'Albanie, la Macédoine, le nord de la Grèce et les environs de Constantinople. Nous en donnons quelques extraits.
Il y a trois semaines que les trop fameuses ordonnances ont paru, et il semble qu'il s'est écoulé un siècle.
Les détails des 21 jours précédents appartiennent au domaine de l'histoire […].
En attendant je consigne quelques faits, qui pourraient être oubliés. Une espèce de brigands n'a pas quitté les armes. Ils sont commandés par un chef obscur nommé de Vernon.
Ils ont un poste au pied même de l'escalier du roi Philippe, qui les nourrit comme ces chiens de bazard qu'on voit dans les rues de Constantinople. Ils lui ont juré une fidélité à mort.
Une autre horde occupe le poste des Suisses au coin de la rue du Carrousel, ils en ont d'autres aux Petits-Pères, en tout douze. Ils se relèvent eux-mêmes, sont couverts de haillons, et pourraient faire lever dix à douze mille voleurs d'un seul coup de sifflet …
(23 août 1830).
Hier soir j'ai causé avec Mr de Chateaubriand, qui nous croit dans l'enfantement d'une république. […] Madame Chateaubriand a failli être assassinée dimanche soir dans son hospice par deux brigands …(24 août).
Rassemblement de cinq à six mille ouvriers, qui se portent vers la ville et le Palais-Royal. Le rappel bat dans les sections, et la Garde nationale dissipe les attroupements. A dix heures du soir le calme est rétabli, on entend quelques coups de fusil dans le lointain. La nuit ne paraît pas devoir être trouble (25 août).
Le calme est rétabli, une proclamation du général La Fayette et une ordonnance de police de Mr Girod de l'Ain, semblent avoir produit un bon effet (26 août).
Audience de Mr Molé qui me promet, tout ce que je lui ai demandé par ma pétition du 26 août.
Il est bien disposé en faveur de mon frère dont il loue l'activité.
Il m'a dit que le poste de Carthagène était d'une haute importance, il a reçu une lettre chiffrée de mon frère ; j'ai sollicité pour lui une augmentation d'appointements.
Il y a trois jours que nous avons frisé la république, le maintien du ministère actuel, paraît nous avoir sauvés, ou du moins retardé notre perte.
Le roi Philippe homme de peu de caractère, était joyeux comme un enfant du résultat de la séance de samedi dernier. Mr Molé m'a confié que Mr Chateaubriand, allait être gouverneur du duc de Bordeaux : il m'en a paru affligé (27 septembre).
Ce que m'a dit ce soir Mr de Chateaubriand au sujet de Charles X, de sa famille, de la duchesse de Berry et du duc de Bordeaux, me prouvent que Mr Molé est dans l'erreur (28 septembre).
Commencement du procès des ministres (15 décembre).
Scènes de tumulte aux environs du Luxembourg, le drapeau noir était arboré dans plusieurs groupes.
Il est question d'une conspiration napoléonienne, carliste, républicaine.
Nous sommes menacés de toutes les calamités, la Garde nationale se conduit bien. La rue de Tournon est encombrée d'une multitude furieuse.
Les amis de l'ordre veillent. Le général La Fayette venu pour fraterniser, a failli être étouffé par la multitude. Le Roi et sa famille sont dans la consternation …
(20 décembre).
Rassemblements nombreux aux environs du Luxembourg ; la Garde nationale occupe les approches du palais. Des brigands tiennent les propos les plus atroces. A midi les débats ont été fermés. A cinq heures les ministres ont été clandestinement reconduits au château de Vincennes.
A neuf heures du soir, arrestations ; on dit le général Gourgaud arrêté. 10 h du soir le rappel bat dans tous les quartiers de Paris.
Les réverbères de la rue de l'Arbre-Sec ont été brisés, on a voulu enlever l'artillerie du Louvre (21 décembre).
La Garde nationale est dans une attitude victorieuse, mais je pense que nous n'existons que sous le poids d'un sursis, à la merci des factieux.
Il pourrait se faire qu'avant six mois, nous ayons un dictateur et toutes les conséquences d'un gouvernement arbitraire (24 décembre).
Intéressant témoignage d'un ancien diplomate, évoquant les débuts difficiles de la Monarchie de Juillet, et particulièrement les troubles survenus dans la capitale à cette époque.
















