Logo détails des lots Auction.fr

Vente Alde

Vente du Vendredi 11 mars 2011

Lettres et Manuscrits Autographes

Livres, B.D., Autographes

Toutes les ventes de Alde

Alde - Paris

Résultats de vente sans frais

Lot 154 : George SAND . - L.A.S., Nohant 5 mai 1870


Translate // traduire

George SAND .
L.A.S., Nohant 5 mai 1870, à l'Américaine Cora Chamberlaine ; 6 pages in-8 (fentes réparées avec trace de scotch ; cachet de la collection Max Thorek de Chicago).

Longue et belle lettre en grande partie inédite à une admiratrice de Boston, qui était venue visiter George Sand à Nohant les 2 et 3 mai 1870 : « Ils sont très gentils, le mari surtout. La femme un peu bavarde, mais je crois très bonne et assez intelligente », note Sand dans son Agenda. Elle la gronde gentiment de ses cadeaux généreux : « J'ai mis la bague à mon quatrième doigt, elle ne me gêne pas du tout et je ne la quitte pas. Elle est très belle et très curieuse. La sarre est une merveille de broderie et sera très agréable à porter l'été. Ma fille vous remercie beaucoup du bel ambre qui a gardé le feu du soleil d'Italie, et mon fils, à qui j'ai donné la miniature indienne, l'a prise et l'admire infiniment. Je lirai les livres quand ma tête reviendra. Vous m'avez trouvée dans une phâse d'idiotisme complet pour avoir passé beaucoup de nuits (28) auprès de Maurice, et cela ajoûté à une timidité presque maladive, a dû me faire paraître bien froide et bien gauche. Croyez que je suis pourtant vivement touchée de la vraie sympathie que vous m'avez apportée, et que j'ai partagé cette affection à première vue, sans vouloir en douter ni m'en défendre en aucune façon. Mais il m'est impossible de parler de moi. Je suis la personne que je connais le moins et dont je m'occupe le moins. Je crois avoir dit dans l'Histoire de ma vie qu'il faut peut-être parler de soi une fois en sa vie, pour n'y plus penser et n'y plus revenir. Ceux qui ont pris la peine de lire ces souvenirs me connaissent. Je n'ai rien dit que de vrai et je n'ai pas changé. Je ne sais pas me communiquer par la parole à mois d'une longue habitude d'intimité.
Aussi je vis renfermée dans la famille et n'en sors que contrainte absolument. Je ne reçois jamais personne, sauf de bien rares exceptions, et je suis cruellement impolie pour les curieux qui m'assiègent à Nohant et à Paris »... Elle dit la sympathie qu'elle a ressentie pour ses visiteurs, et ajoute : « Je ne sais où vous avez vu que j'avais des préventions contre l'Amérique et les Américains. Je préfère la France à tout. Je ne puis faire autrement, et j'en pense pourtant beaucoup de mal. Je pense aussi du mal de l'Amérique et je l'admire quand même. Ce ne sont pas là des préventions, mais des jugements que je crois fondés, et sur lesquels je suis certaine que nous serions d'accord, et pour les fautes de votre pays et pour celles du mien, si, en causant, nous procédions avec ordre dans nos réflexions. Mais le tems manque presque toujours pour s'entendre et la vie se passe à se deviner. Devinez-moi, je vous prie, très sincère dans le désir d'être équitable, de souffrir de tout ce qui est le mal et d'apprécier sans réserve tout ce qui est le bien »... Le camélia qu'elle lui a donné « devient affreux en séchant. Je vous enverrai des plantes que je préparerai pour vous et qui se garderont sans trop enlaidir ».